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Préjugés

Les femmes, de plus en plus concernées par l’obésité

Depuis une dizaine d'années, l'excès de poids a tendance à augmenter chez la femme. Le Dr Jean-Michel Lecerf - nutritionniste à l'Institut Pasteur de Lille - analyse les raisons de ce phénomène préoccupant.

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Les femmes, de plus en plus concernées par l’obésité

Chez les femmes, le surpoids et l’obésité ont augmenté de manière continue au cours des vingt dernières années. C'est ce que révèle une étude1 compilant les baromètres de Santé Publique France sur la corpulence déclarée des adultes, de 1996 à 2017.

Le surpoids (y compris l’obésité) concernait 25,3% des femmes en 1996 et 38,8% en 2017. Quant à l’obésité, elle est passée de 5,7% en 1996 à 14,1% en 2017. Chez les hommes, l'évolution est différente. En effet, si la proportion de personnes se déclarant en surpoids (y compris l’obésité) a augmenté entre 1996 et 2008, passant de 40% à 48%, elle semble depuis s’être stabilisée autour de 48-50%. L’obésité masculine, quant à elle, a plutôt tendance à décroître : elle concernait 7,4% des hommes en 1996 et a augmenté pour dépasser les 14% en 2016, avant d’enregistrer une baisse significative et revenir à 12,9% en 2017.

Comment expliquer le fait que le surpoids et l'obésité -certes, plus importants chez les hommes - semblent se stabiliser chez ces derniers alors que leur augmentation perdure chez les femmes ?
Si la réponse ne peut être clairement établie - compte-tenu de la complexité des mécanismes liés à la prise de poids et à la survenue de l'obésité – certaines pistes explicatives émergent.

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Stress, précarité et stigmatisation

Dans nos sociétés occidentales, les femmes sont particulièrement exposées au stress chronique et à la fameuse « charge mentale » qui affectent encore plus les personnes isolées, confrontées à la précarité. « Les femmes qui doivent gérer à la fois leur vie professionnelle et familiale et celles qui élèvent seules leurs enfants sont particulièrement concernées. Or le stress chronique est un facteur connu de prise de poids au niveau abdominal 2,3. Par ailleurs, stress et anxiété peuvent induire des troubles du sommeil : un facteur propice à la prise de poids 4,5 », souligne le Dr Jean-Michel Lecerf, nutritionniste à l'Institut Pasteur de Lille, auteur de 40 idées fausses sur les régimes, éditions Quae.

La pente ascendante du surpoids et de l'obésité chez les femmes est également liée à la place qu’elles occupent dans la société. Les inégalités entre les sexes persistent et les femmes sont les premières victimes de la précarité. De fait, une étude de l'INSEE6 montre qu'à temps de travail identique, le salaire moyen des femmes est inférieur de 14,9 % à celui des hommes. Par ailleurs, à temps de travail et poste comparables, il reste inférieur de 4 %. Or l'obésité est un marqueur social : les personnes ayant de faibles revenus sont davantage touchées par cette maladie chronique7.

Par ailleurs, la stigmatisation des personnes en excès de poids demeure, plus que jamais. Le regard que pose la société sur la femme reste, globalement, plus sévère que pour l’homme dès qu’ il s’agit du corps et de l’image qu’il renvoie. Or la stigmatisation fait le lit de la prise de poids et l’aggrave en jouant sur la perte de confiance en soi8,9.

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La ménopause en cause

L'obésité apparaît rarement après 50 ans.10 Néanmoins, la ménopause est une période de changements hormonaux importants qui engendre une augmentation de la graisse et diminution de la masse maigre.
De nombreuses femmes se plaignent d'une prise de poids accrue durant la ménopause et même, quelques années avant, pendant la fameuse période de la périménopause. « Or, dans les faits, la majorité d'entre elles n'accumulent pas beaucoup de kilos. Une étude menée sur 6 ans auprès de femmes en périménopause ou en ménopause, montre qu'elles prennent en moyenne 3 kilos de masse grasse et perdent un demi kilo de masse maigre11. Bien sûr, certaines femmes en prennent plus. Mais ce qui change vraiment avec la ménopause, c'est la distribution du tissu adipeux. Les patientes indiquent souvent, à juste titre, qu'elles n'arrivent plus à fermer leur pantalon », confie le Dr Lecerf.

De fait, avec la ménopause, la masse grasse s'accumule surtout au niveau abdominal (et moins au niveau des cuisses ou des fesses). Cela est lié aux changements hormonaux. « La baisse des oestrogènes à la ménopause favorise l'accumulation de graisse abdominale viscérale. La diminution de masse maigre chez les femmes ménopausées réduit également leur capacité à dépenser efficacement des calories, ce qui favorise un bilan énergétique positif et une prise de poids », assure le Dr Lecerf.
Certaines femmes peuvent donc développer une obésité abdominale à la ménopause, c'est-à-dire, avoir un tour de taille supérieur ou égale à 88 cm, selon l'American Diabetes Association). « La prise de poids liée à la ménopause peut être prévenue et limitée par le biais d'une activité physique adaptée à l'état de santé de chacune et d'une alimentation équilibrée12. Les personnes concernées par le surpoids ou l'obésité avant la périménopause nécessitent un accompagnement individualisé et pluridisciplinaire pour les aider à minimiser le risque de prise pondérale à la ménopause et prendre en charge les éventuelles comorbidités associées », conclut le Dr Lecerf.


Si cette transition vous semble complexe à traverser, n’hésitez pas à en parler avec un professionnel de santé. Un médecin généraliste, un gynécologue ou un médecin nutritionniste peut vous accompagner dans cette étape, vous aider à faire le point et à mettre en place un suivi adapté à votre situation.

Hélia Hakimi-Prévot

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Références
  1. B. Salanave, C. Verdot, H. Escalon, A Gautier, V. Deschamps, Evolution de la corpulence déclarée dans les baromètres de santé publique france de 1996 à 2017, Bull Épidémiol Hebd. 2024 ;(15) 306-12.
  2. J. M. Lecerf, Stress et obésité, Nutrition clinique et métabolisme 2006 ; 20(2), 99-107.
  3. J.C. Correia, L. Locatelli, C. Hafner, Z. Pataky, A. Golay, Rôle du stress dans la prise de poids,  Rev Med Suisse 2021 ; 17, 567-70.
  4. L. Hale, Longitudinal associations between sleep duration and subsequent weight gain: a systematic review, Sleep Medicine Reviews 2012 ;16(3), 231-241.
  5. T.J. Hartman et al., Partial sleep deprivation and energy balance in adults: an emerging issue for consideration by dietetics practitioners », J. Acad. Nutr. Diet. 2012 ; 112(11), 1785-1797.
  6. F. GodetÉcart de salaire entre femmes et hommes en 2022, Insee Focus 2022.
  7. M. Bateson, G.V. Pepper, Food insecurity as a cause of adiposity: evolutionary and mechanistic hypotheses, Phil. Trans. R. Soc. B 2023 ; 378, 20220228.
  8. R. Morvan, La stigmatisation des personnes en situation d’obésité dans leur parcours de soins : causes , conséquences et perspectives, Corr. Met. Horm. Diab. Nut. 2024, 28(1), 8-11
  9. M. Audet, A. Baillot, N. Vibarel-Rebot, Obésité féminine et activité physique : mieux comprendre les enjeux liés à la stigmatisation, Santé publique 2016 ; S1(HS), 127-134
  10. J. Matta, C. Carette, C. Rives-Lange, S. Czernichow Epidémiologie de l’obésité en France et dans le monde,  La Presse Médicale 2018 ; 47 (5), 434-438.
  11. M. Sowers et al. Changes in body composition in women over six years at midlife :ovarian and chronological aging J Clin Endocrinol Metab 2007 ; 92, 895-901
  12. V. Kodoth, S. Scaccia, B. Aggarwal, Adverse Changes in Body Composition During the Menopausal Transition and Relation to Cardiovascular Risk: A Contemporary Review, Womens Health Rep. 2022 ; 3(1), 573-81
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